vendredi 18 août 2017

ZBIBA LA TANGEROISE (Long extrait du livre)

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dernier extrait avant parution du roman "ZBIBA"

A paraître à la Toussaint 2017

La Plaza de toros de Tanger (arènes)

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1945 et 1947: Lekbir investit et place

Les troupes espagnoles tenaient d’une main de fer, l’ensemble du nord du Maroc. Surtout depuis la reddition, en 1926, des troupes de l’Emir du Rif Ben Abdelkrim El Khattabi.

En 1945, conseillé par un riche commerçant de Tetouan, Lekbir avait placé l’essentiel des bénéfices, procurés par ses affaires, dans des acquisitions de terrains autour et alentours de Rgayaa.

Et 1947, sur le conseil du même homme, il décida de confier les gains, dégagés par l’intense activité déployée, à un riche homme d’affaires pakistanais, propriétaire d’une banque d’affaires à Tanger.

Pour chaque dépôt, Lekbir recevait des mains de son banquier, une attestation authentifiée.

L’asiatique disposait d’un statut agrée par les autorités, tant celles du protectorat que celles de l’indigénat marocain. Ces dernières étaient représentées par le Mendoub,  nommé par le sultan et agréé par le résident général 

 Le délégué du Sultan devait gérer les affaires des seuls indigènes, pendant que l’état major espagnol et français détenaient les principaux pouvoirs, engageant l’avenir du pays.

La renommée, le sérieux et la respectabilité dont jouissait ce banquier et hommes d'affaires, que tous appelaient Karachi, avaient dépassé les frontières de la ville du détroit, sous statut international

Nombreux en effet, étaient les hommes d’affaires, les financiers et les commerçants de Tanger, ayant pignon sur rue, qui avaient accordé leur entière confiance à Karachi, en confiant leur argent au quinquagénaire asiatique. 

Un homme très cultivé, élégant et plein de prévenances.

Propriétaires de nombreuses limousines américaines - une Plymouth, 2 Studebacker, une Chevrolet, et une Dodge – son parc automobile rajoutait à sa crédibilité et à la puissance de ses affaires.

Lorsque Lekbir fit sa première entrée dans l’immense bureau de Karachi, situé rue de la Liberté, en face du prestigieux hôtel Al Minzah, le financier, rebuté par l'odeur dégagée par son visiteur, demanda d’emblée, mais de manière discrète, à l’une de ses secrétaires, de répandre dans le vaste espace de travail, une forte dose de spray parfumé.

L’ancien ânier n’y vit que du feu et racontera plus tard à des amis, qu’il fut reçu avec énormément d’égards, par son banquier, qui en son honneur, avait inondé le bureau, de parfums de différents arômes.

En 1950, au marché de Zinate, le plus imposant de tous les souqs de la région, Lekbir construisit une grande baraque en bois, qu’il couvrit d’une toiture métallique. Il y installa un café. 

Le seul de ce très grand marché hebdomadaire.

Il en confia la gestion à l’un des deux ex-répétiteurs coraniques, désormais attachés en permanence à son service.

L’affaire s’avérera particulièrement rentable et drainera, dès l’ouverture de l’établissement, de substantiels bénéfices.

Le jour du marché et dès le premier chant du coq, café, thé et limonades «con ou sin gas» , étaient servis, à un rythme ininterrompu, aux centaines de paysans, venus écouler leurs denrées agricoles et acquérir les produits provenant de la ville.

Les trois garçons serveurs et les deux cafetiers, n’étaient pas de trop, pour faire face aux commandes d’une clientèle, nombreuse et disposant de peu de temps.


1951    : Quand Lekbir prépare sa vengeance

Les années passèrent. Devenu riche, impitoyable notable et homme d’affaires intransigeant, Lekbir, de retour chez lui après avoir festoyé et bu plus que de raison, à la caserne de Rgayaa, le 31 décembre 1950, fut pris par un désir irrépressible, de se venger de ceux qui l’avaient humilié, du temps où il était simple ânier, taillable et corvéable à merci.

Cette nuit là, l’idée d’exercer des représailles à l’encontre de ses anciens ennemis, ne le quitta guère. Cette idée était devenue, pour ainsi dire, une obsession.

Mais pris dans le tourbillon de ses nombreuses occupations et soucieux de mener à bien et personnellement ses affaires, il ne trouvait pas le temps nécessaire, pour fomenter les plans de cette vengeance.

Cette nuit là, il ne comprenait pas pourquoi le sommeil avait décidé de le déserter.

Jusqu’à 5 heures du matin, étendu sur son lit, l’homme de main des militaires espagnols, déjà ivre, vida trois bouteilles de Tinto, ce pinard espagnol de basse classe, que seuls les ivrognes consommaient à l’époque.

Et bien qu’assis désormais sur une plantureuse fortune provenant de trafics en tous genres, auxquels il consacrait le plus clair de son temps et de son énergie, Lekbir demeurait un type médiocre et d’apparence plus que banale.

A force de porter des jours et des semaines les mêmes habits, le fournisseur des militaires de Rgayaa, dégageait en permanence, une odeur de transpiration, à la limite du supportable.

Il ne se lavait à grandes eaux que très rarement, se contentant d’un nettoyage sommaire et superficiel des parties visibles de son corps.

Les soldats espagnols lui reprochaient souvent cette attitude, indigne d’un grand commerçant et le trouvaient franchement rebutant.

Et ils ne se gênaient pas de le lui dire en face.

De ces remontrances, Lekbir n’en avait cure. Sale il voulait être, répugnant il demeurait 

Ses nombreux collaborateurs s’abstenaient de faire allusion en sa présence, à ce comportement, mais éprouvaient un plaisir des plus malins, à en parler entre eux.

Son éternelle jellaba en laine brune foncée, lui arrivait à peine en dessous des genoux, laissant apparaître un saroual  arabe ample et perpétuellement froissé.

Aux pieds, Lekbir portait des babouches rouges, sur lesquelles le temps avait laissé ses marques. 

Une callosité, de plus en plus épaisse, couvrait la plante de ses pieds, à la peau lézardée.

Il ne manquait pas, hypocritement, de se plaindre à des fournisseurs ou à des clients, du peu de temps lui restant, pour s’occuper de son physique et de son apparence.

Certains d’entre eux n’hésitant pas à le sermonner pour sa négligence.

Lekbir passait tout son temps à sceller telle ou telle affaire, marchandant, négociant ou poursuivant des débiteurs récalcitrants.

Ses activités, particulièrement exigeantes en temps et en énergie, lui laissaient peu de temps pour reprendre son souffle, encore moins pour s’occuper de son apparence physique.

Quelques semaines après l’inauguration de son débit de boisson de Sebt Zinate, Lekbir fut taraudé par un désir irrépressible de se venger de tous ceux, qui l’avaient jadis, rabaissé au rang de sous-homme.

Le premier de la liste n’était autre que son ancien employeur. 

Celui là même qui, pour sanctionner les écarts sexuels, par trop ostentatoires commis sur les ânesses, du jeune ânier, le livrait à des bergers, pour des séances de viol collectif traumatisantes.

Lekbir n’avait jamais oublié les tortures ainsi subies et il en gardait encore, physiquement et psychiquement, les séquelles.

Devant l’enrichissement du proxénète des militaires de Rgayaa et sa puissance de plus en plus accrue, Hadj Kaddour avait opté à son égard, pour une posture très conciliante.

Les terrains de son ancien patron ainsi que les bêtes, avaient été cédés au collaborateur et fournisseur des soldats espagnols, à des prix sacrifiés.

Un matin de janvier 1951, juste après la prière de l’aube, à laquelle participait hadj Kaddour comme à son habitude, Lekbir l’aborda au détour d’un petit sentier, menant vers la mosquée du village.

Sans perdre de temps, Lekbir s’adressa à son ancien employeur  sur un ton plein d’amertume et de colère :

-"Tu crois que j’ai oublié, Hadj Kaddour, les sévices que toi et tes bergers, m’avez infligés des années durant    ?"

Ajoutant, en élevant la voix    :

-"Ces choses horribles ne s’oublient jamais    !…tu entends    ?…jamais    !...J’en suis encore à faire des cauchemars durant mes nuits…Toi non plus, tu n’as pas oublié tes ricanements sadiques pendant que tes hommes me violaient".

Surpris à l’extrême par ces paroles emplies de réprimandes et de haine, Hadj Kaddour se mit à chercher des mots pour tenter de répondre, mais sa langue se paralysa.

Prenant de l’assurance, Lekbir asséna sur un ton haineux et colérique    :

 -"Tu vas payer tout le mal que tu m’as infligé. Et pas que toi    ! Tous ces misérables, ces vers de terre, ces faux musulmans qui m’ont fait souffrir … Je vais vous écraser, comme on écrase la vermine malfaisante"

D’une voix à peine audible mais visiblement pleine de remords, Hadj Kaddour, se décida péniblement à réagir.

-"Mon fils"    ! balbutia t il 

Et avant de poursuivre, Lekbir lui rétorqua, sur un ton menaçant    :

-"Moi, ton fils    ? Tu oses me qualifier de fils    ?…As-tu déjà vu un père jouir du viol de son fils…    ? Tu es un lâche et indigne d’être un Hadj . Impossible qu’un visiteur des lieux saints de l’islam, ayant fait sept tours de la Kaaba  et prié dans la mosquée du prophète Mohammad, puisse commettre ce que tu as osé commettre comme sacrilèges et pêchés. Tu sais très bien que violer une personne de sexe masculin fait trembler le trône du divin    ?"

Voyant que Kaddour cherchait péniblement à placer un mot, Lekbir leva une main menaçante, comme pour asséner un coup de poing à son interlocuteur, défait et abattu….Mais il se retint.

""Assez"    ! dit Lekbir à haute voix, "tu ne diras plus rien. Demain je viendrai te voir chez toi en présence de ta femme et de tes filles. Surtout, sois chez toi après la prière du soir…Sois là, sinon tu le regretteras toute ta vie."

Totalement abasourdi et ne sachant que faire, pour échapper à son destin, Hadj Kaddour se mit à pleurer et faillit s’affaisser, n’était ce la proximité d’un eucalyptus l’ayant soutenu et empêché sa chute.

La journée fut des plus maussades. Un méchant vent d’est, annonciateur de probables précipitations, mit tous les paysans de la région sur leurs gardes.

Sitôt rentré chez lui au lever du jour, Hadj Kaddour s’enferma dans la pièce lui servant de chambre conjugale.

Les pensées se bousculaient dans sa tête, de la plus saugrenue à la plus sensée, sans qu’il pût opter pour la résolution à prendre. 

Partir, quitter ce village, figurait parmi les idées qui lui semblaient les plus logiques.

Sauf que pour ce faire, le temps lui manquait horriblement. 

Une fuite devait être préparée. Il renonça à l’idée dès lors qu’il mesura les difficultés matérielles et pratiques, se dressant devant ce projet.

 D’autant qu’il n’était pas homme à abandonner femme et enfants, à la merci de celui qui s’était juré sa perte.

Le suicide l’effleura un moment. Mais pieux et croyant en Dieu, il dut renoncer à commettre ce pêché impardonnable.

Vers 14 heures, après l’heure de la seconde prière de la journée, Aïcha, ne voyant point son mari ressortir de la chambre pour le repas de la mi-journée, toqua à la porte de la pièce.

Aucune réponse ne vint la rassurer.

Inquiète, elle toqua à nouveau, mais plus fortement. Hadj Kaddour finit par réagir.

-"C’est qui  "  ?

-"Ouvre, fils de mon oncle, c’est moi Aïcha    !"

D’une voix tremblante, Hadj Kaddour répondit    :

-"Je ne veux voir personne. Personne    ! tu entends    ?"

-"Par hasard, serais-tu malade, fils de mon oncle? osa Aïcha.

Hadj Kaddour ne répondit point.

-"Ouvre-moi, fils de mon oncle , pour l’amour de Sidna Mohammad, je veux juste me rassurer sur ton état  "  !! dit Aïcha

Un long silence s’installa…Et après de longues minutes, la clé tourna dans la serrure…Aïcha en profita pour pousser la porte, la séparant de son mari.

Hadj Kaddour était assis à même le sol, tenant sa tête entre ses mains, comme pour éviter le regard de son épouse.

Affolée, la brave fille de l’oncle de Hadj Kaddour, s’écria    :

-"Mon Dieu, mon Dieu    ! Tu n’es pas souffrant au moins, fils de mon oncle  "  ?

Elle s’assit en face de son homme et tenta doucement de lui ôter les mains qui occultaient son visage.

Hadj Kaddour résista un court moment à l’effort déployé ainsi par sa femme et aux sollicitations de celle-ci, l'implorait de la regarder. 

Puis, poussant de bruyants sanglots, il appuya sa tête contre l’épaule droite d’Aïcha.

-"Allah patiente, mais n’omet jamais !! dit Hadj Kadour. 
-"Pour moi, l’heure de payer mes mauvaises actions et mes pêchés a sonné"

-"Fils de mon oncle, que dis-tu là    ? je ne comprends guère   " !

Elle passa sa main sur le front de son mari pour s’assurer qu’il ne traversait pas une période fiévreuse. Hadj Kaddour se mit alors à pleurer pour de bon, répétant:

-"Dieu, Seigneur Dieu ! Que dois-je faire ? Que dois-je faire " ?

Saisi par un semblant de délire, il finit par se coucher à terre, le visage contre le sol, comme s’il cherchait à échapper à tout ce qui l’entourait.

Ni Aïcha, encore moins Kaddour ne s’étaient aperçus de la présence dans la pièce, de leur fille aînée, Rahma.

Portant ses deux enfants, celui de 3 ans dans ses bras et le nouveau-né, attaché à l’indienne à son dos, Rahma, attirée par les étranges bruits provenant de la chambre de ses parents, s’était arrêtée au seuil de la pièce.

Agée de 21 ans, Rahma logeait chez ses parents depuis que Bachir, son mari, avait pris l’option de la répudier et de la renvoyer au foyer paternel.

Et comme un malheur n’arrive que rarement seul, Zoubida, de 4 ans plus jeune que Rahma, venait, encombrée d’un bébé de quelques mois, de regagner la maison de ses parents.

L’incarcération de son mari, un jeune paysan de Lekhreb, impliqué dans un meurtre commis en bande au souk de Lekhmis de Bni Arrouss, l’avait obligée à se replier vers le patelin de Rgayaa.

Nombreuses étaient ainsi les bouches à nourrir chez Hadj Kaddour, qui n’arrêtait pas de puiser dans ses réserves financières, provenant de la vente de tout ce qu’il avait possédé.

Sans en avoir la certitude, Rahma se doutait des raisons ayant conduit son père à sombrer dans une telle déprime.

Elle n’avait jamais voulu en parler à ses parents, mais elle savait que Lekbir ruminait sa vengeance.

De fait, rencontrée par Rahma, quelques semaines plus tôt à Tetouan, Louazna, grande amie de la fille aînée de Hadj Kaddour et maîtresse de Lekbir, avait averti la jeune veuve répudiée:

-"Méfiez vous, ma chère sœur, Lekbir est de plus en plus décidé à se venger de ton père. Cela devient une obsession chez lui", lui avait confié Louazna

Debout dans la pièce occupée par ses parents, Rahma ressentit un profond malaise.

Elle se sentait très coupable d’avoir caché à sa mère, cette importante information relative aux intentions de Lekbir.

Les pleurs du bébé porté au dos de Rhama, attirèrent l’attention des deux parents.

Tout en continuant à sangloter, Hadj Kaddour se mit à parler sans se soucier de la présence de sa fille aînée.

-"Il va venir après la prière du coucher du soleil. Il va sûrement me tuer devant mes enfants. Il a exigé la présence de tous    !...Mon Dieu, Mon Dieu, trouve moi une issue…aie pitié de ton serviteur humble et faible  "  !

-"Aie confiance en Dieu, fils de mon oncle, tu es un homme pieux et tu connais Allah  "  ! dit Aïcha.

-"Non, je ne connais point Allah, celui qui connaît le Tout Puissant, ne commet pas d’injustices, n’humilie pas plus faible que lui…Oui, je l’ai humilié…je l’ai humilié et avili …Il est en droit de réclamer des comptes…"

Il se tut un instant puis reprit    :

-"Je vous demande de partir immédiatement et tant qu’il est encore temps. Partez maintenant et laissez-moi seul, face à mon destin. Allez à Tetouan chez votre tante Rhimou."

-"Tu n’y penses pas, Hadj ? dit Aïcha. "Qui va accueillir tant d’âmes…    ? qui ? Tu connais la situation de ma sœur. Elle-même, se trouve à l’étroit, avec ses 5 enfants, entre grands et petits. Sans compter que son mari tire le diable par la queue. Tu sais que c’est impossible  "  !

-"Prends l’argent que je t’ai confié, Aïcha, il vous aidera à tenir un certain temps jusqu’à ce que Dieu accomplisse sa volonté."

Hadj Kaddour prononça ces mots, sans grande conviction. 

Sa femme l’avait déstabilisé, lorsqu’elle avait décrit la situation économique, plus que précaire, de sa sœur, résidant à Saniet Errmel .

La situation était on ne peut plus bloquée. Aucune fuite devant cette fatalité ne s’offrait à Hadj Kaddour. Il lui fallait affronter son destin

Rahma ne disait rien…Elle écoutait en silence, se contentant de caresser la tête de son rejeton, qui s’était endormi entre-temps.

Durant de longues minutes, un lourd et épais silence s’installa dans la pièce, silence entrecoupé de sanglots, à peine perceptibles, émis par Hadj Kaddour.

D’une voix calme mais décidée, Rahma dit    :

-"Je vais le tuer" !

Disant ces mots, elle entreprit de quitter la chambre. Mais c’était sans compter avec Aïcha qui la rejoignit au pas de course, dans la vaste pièce ceinte de banquettes et servant de pièce de séjour.

-"Mais tu as perdu la tête, ma fille    ! Tu ne te rends pas compte du danger que tu cours"    !

-"Si, mère.  je ne vois pas d’autre solution. Papa est abattu et il n’est en mesure de rien faire pour empêcher Lekbir de commettre son forfait."

Elle se tut un moment puis reprit

-"J’irai d’abord le voir…Je contacterai mon amie Louazna. Seule elle, pourrait me conseiller l’attitude à adopter, face à ce monstre". 

-"Prends garde à toi, ma fille. Surtout évite qu’il te voie s’approcher de sa maison"

-"Ne t’en fais pas maman, je serai prudente…Je te confie mes deux enfants"

A quelques heures du raid que Lekbir avait décidé de mener chez Hadj Kaddour, Rahma enfila son Hayek (manteau traditionnel couvrant l'ensemble du corps, porté par les femmes du nord marocain)  blanc granulé, apposa sur son visage le litham (voile couvrant le visage)  traditionnel des femmes marocaines et quitta précipitamment le domicile familial.

Elle avait très peur. Elle n’appréhenda la dangerosité et la gravité de sa démarche, que lorsqu’elle fut loin de chez ses parents. 

Pour éviter une rencontre impromptue et brutale avec Lekbir, Rahma échafauda un plan d’action.

Elle passa d’abord à la seule meunerie du village, située à l’entrée de Rgayaa. Elle connaissait Slama, l’épouse du propriétaire de ce petit établissement.

Pour leurs besoins domestiques en froment, les femmes du village possédaient des meules artisanales, dont les éléments étaient sectionnés dans la roche des montagnes avoisinantes.

Pour les grosses quantités, les ménagères portaient régulièrement leur blé ou de maïs à moudre, au moulin de Si Taher

Ignorant tout du but de la visite de Rahma, Slama reçut la jeune veuve, avec un grand sourire. Elle dut vite changer d’attitude, dès lors que Rahma lui fit la relation des tristes événements touchant sa famille et la menace qui pesait sur son père.

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La suite 

Rahma réussira t elle à empêcher Lekbir d'accomplir sa vengeance?
Comment Zbiba, la jeune soeur de Rahma tombera entre les mains de Lekbir
Que fera Lebir lors de l'avènement de l'indépendance du Maroc en 1956, surtout après le démantèlement de la caserne de Rgayaa


Comment finira Lekbir

Plus de 150 pages à lire pour découvrir le destin tragique de Zbiba et ses souffrances....

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samedi 12 août 2017

ZBIBA LA TANGEROISE (Part 6)

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Livre de Khalil ZEGUENDI (180 pages )


Autour et alentours de ces rues, des bars et autres tripots recevaient la soladtesque espagnole


A mes lecteurs: Zbiba est une fiction tirée d'une histoire réelle.

 C'est la pénible et douloureuse histoire d'une jeune paysanne de la région de Rgayaa, village situé à mi chemin entre les villes de Tetouan et de Tanger

Je vous livre les premières parties de cette aventure hors du commun en trente pages, sur le blog Bruxellois surement.

Les 150 pages qui suivent vous seront livrées sous forme de livre de poche, si tel est par la suite, votre souhait

Bonne lecture


Ce fut dans cette zone que les militaires espagnols cantonnés à Rgayaa, étaient déversés chaque samedi 

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Une vie terne et monotone

Au sein de la caserne de Rgayaa, hormis l’une ou l’autre rare alerte, souvent sans fondement,  la vie des soldats se déroulait dans une routine monotone et un ennui mortel.

Rien n’avait été prévu pour égayer l’existence de ces engagés volontaires qui passaient leur temps à astiquer leurs armes, récurer les coins et les recoins de la caserne ou jouer à n’en pas finir aux cartes, au Partché ou aux Dominos.

Le règlement imposait à tout un chacun de se présenter chaque dimanche à huit heures précises, dans la grande salle centrale de la caserne pour célébrer la grande messe catholique. 

Tout manquement était sévèrement sanctionné par les officiers.

Cet office était dirigé à tour de rôle, par le père Ignacio ou le curé De Salamanca, qu’une jeep de l’état major, cantonné à Tetouan, débarquait chaque samedi soir à la caserne de Rgayaa.

De retour très tardif à la casrene, les 80 soldats ayant bu et forniqué toute  la nuit du samedi et jusqu’aux petites heures à Tanger ou à Tétouan, n’assistaient à cette messe, qu’à moitié éveillés, tant la fatigue et les souvenirs des délicieux moments d’évasion auprès des prostituées, remplissaient l'esprit. 

De fait, chaque samedi, dès potron minet, trois gros camions bâchés embarquaient devant le grand portail de la caserne de Rgayaa, les 80 heureux élus au samedi des Putes, dont beaucoup s’habillaient en civil.

Rasés de près pour la plupart d’entre eux, et ne portant nulle arme blanche ou à feu, ces passagers d’un genre particulier étaient dirigés, pour moitié vers les quartiers espagnols de la ville de Tetouan et pour seconde moitié vers les zones de résidence ibérique de Tanger

"El Sabado de Putas" (Le samedi des putes). 


Ce fut ainsi que ces soldats appelaient ce samedi d'une liberté, très spéciale.

Une partie de leur Paga (paie) destinée à être dépensée lors de cette journée particulière, était soigneusement mise de coté, par chacun d'entre eux.

A Tanger, dans le vaste quartier espagnol, s’étendant de la corniche faisant face à la Méditérranée, pour joindre le prestigieux boulevard Pasteur, des dizaines de bars à Tapas, disposant d’habitaciones (chambres de passe) aux étages supérieurs, accueillaient cette clientèle très dépensière, et scandaleusement bruyante.

Ces descentes du samedi étaient attendues avec grand intérêt, tant par les « Putas » espagnoles ou marocaines qui animaient ces bars et les pièces situées aux étages, que par les tenanciers des bars et autres proxénètes marocains. 

Dès 19 heures,  Cervezas (bieres) et Tinto (vin rouge de très basse qualité) coulaient à flots. 

 Accompagnés d’olives noires, de fines tranches de poivron  grillées, de morceaux de poulpe, de sardines et de Gambas macérées dans de l’huile d’olive et du vinaigre, les tapas constituaient l'indispensable accompagnement des boissons alcolisées servies à profusion par les filles faisant d'incessants allers et le retours entre le comptoir et la salle.

En plein centre de la nouvelle ville tangéroise, situé à l’arrière du boulevard Pasteur, certaines zones de cette cité, qui doit beaucoup pour sa construction à la communauté juive de la ville, se trouvait délimitée par le Calle Quevedo, celui de Juana de Arco et les pathés d'immeubles modernes contenus entre le Cinema Goya, la résidence Venezuela et la rue Murillo.

Certes, au sein de ce large périmètre, les tavernes affichaient des prix un tantinet plus élevés que ceux pratiqués par les bars du quartier de la corniche, fréquentés par le prolétariat espagnol que les Marocains de Tanger appelaient «Les pantalons troués ». 

Dans cette seconde zone, une partie des gradés de Rgayaa, qui accompagnaient les soldats en permission spéciale, se sentaient plus à l’aise en compagnie d’employés espagnols et marocains, ayant élu domicile à Tanger. 

Les chambres situées aux étages, offraient davantage de confort, puisque à l’issue de chaque "rapport", l'eau chaude déversée généreusement par les cornets de douche, redonnait de la vigueur aux corps extasiés et en sueur.

Habituées aux coups fourrés des militaires de second rang, les prostituées exigeaient d'être payées par avance. 

Il n’était pas rare que dans les bars de la corniche, l’ivresse aidant, des bagarres, éclataient entre soldats espagnols de Rgayaa, pour des motifs difficilement décernables.

En escale à Tanger, d'autres militaires de diverses nationalités occidentales, se mélangeaient aux soldats espagnols en poste au nord marocain. 

Et il n'était pas rare que pour des motifs aussi futiles que les faveurs d'une prostituée, des bagarres et autres rixes généralisées débordent sur les rues et les places publiques 

Les gradés, quant à eux, préféraient ne pas se mêler à la piétaille, et se dirigeaient vers les quelques tavernes situées dans les hauteurs de la ville.

Le quartier verdoyant et parsemé de villas, où l’ambassade d’Espagne, de même que l’immense hôpital ibérique s’étaient installés, jouxtait la prestigieuse zone de la Montagne, où les notables marocains  de la ville, s’étaient placés sous protectorat européen direct.

De fait, de  nombreuses  grandes familles de Tanger, souvent liées à des Zaouyas (confréries religieuses plus ou moins mystiques), n’avaient pas hésité un seul instant, à se mettre au service des puissances occidentales occupantes, obtenant ainsi la protection des légations européennes présentes dans la ville.

Nombre de ces familles avaient acquis discrètement la nationalité de leurs protecteurs européens et inscrit leur progéniture dans des écoles espagnoles, françaises ou italiennes

Les établissements de détente comme les restaurants ou les tavernes situées dans la zone résidentielle, diplomatique et culturelle  espagnole voisine du quartier de Souk El Bqar (Marché aux vaches), étaient particulièrement prisés par les hauts gradés de la caserne de Ragyaa de même que par les personnels diplomatique, administratif ou enseignant.

Dans ces établissements, diplomates et officiers supérieurs de l’armée ibérique, s’échangeaient moult informations sensibles sur l’état d’esprit et les humeurs de la population marocaine indigène et les multiples  mouvements hostiles à l’occupation, actifs ou en passe de l’être.

Les indicateurs marocains y pullulaient.

Les notables «  protégés  » par l’Espagne, s’évertuaient à être agréables et utiles à l’occupant en livrant à leurs protecteurs, toutes les informations glanées auprès de leurs "agents" indigènes; informations susceptibles de permettre de tuer dans l’œuf, toutes velléités de révolte contre la présence ibérique dans le nord marocain.

Samedi prochain: Lekbir prépare sa vengeance contre les gens de Rgayaa

samedi 5 août 2017

ZBIBA LA TANGEROISE (Part 5)

;
Livre de Khalil ZEGUENDI (180 pages )


A mes lecteurs: Zbiba est une fiction tirée d'une histoire réelle.

 C'est la pénible et douloureuse histoire d'une jeune paysanne de la région de Rgayaa, village situé à mi chemin entre les villes de Tetouan et de Tanger

Je vous livre les premières parties de cette aventure hors du commun en trente pages, sur le blog Bruxellois surement.

Les 150 pages qui suivent vous seront livrées sous forme de livre de poche, si tel est par la suite, votre souhait

Bonne lecture

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4 ème partie 



Le point frontière d'El Borj, d'où part la piste ralliant Rgayaa


Le village de Rgayaa


Les affaires de Lekbir prospéraient à un rythme soutenu. 

Gavé de présents de toute nature, l’officier supérieur de la caserne de Rgayaa, un jeune capitaine asturien, délivra à Lekbir un permis de circuler et commercer, dans toute la région soumise à l’autorité de l’ejercito espagnol.

Il en informa ses supérieurs à Tetouan et leur recommanda d’apporter à Lekbir aide et soutien.  

Mais ce que cet officier omit sciemment de signaler à sa hiérarchie, résidait dans le fait que le permis de circuler dans tous les territoires sous tutelle espagnole, fut délivré à Lekbir, pour les relations particulières que le désormais potentat marocain, avait développées avec les gradés de la caserne de Rgayaa.

De fait, au fil du temps, le fournisseur de la base militaire, enclavée en territoire excessivement difficile d’accès, était devenu, pour ainsi dire, le pourvoyeur attitré des militaires, en chaire fraîche indigène.

Chaque vendredi soir, des prostituées en nombre, amenées de Tétouan ou des villages voisins, par les collaborateurs de Lekbir, agrémentaient les soirées du gratin militaire de la caserne.

De jeunes et même de très jeunes campagnardes, précocement veuves ou orphelines, étaient ainsi livrées par Lekbir ou ses acolytes, à la gente militaire, stationnée dans le plus grand bâtiment de la bourgade


Rgayaa

Le village pauvre de Rgayaa était situé à quelques 8 kilomètres de la grande route, reliant Tetouan à Tanger.

Celle-là même qui traversait les carrefours dits  El Borj   (La tour ) et celui du Cruce blanco.

El Borj constituait un point de contrôle douanier, pour toute personne quittant la zone du Tanger espagnol.

La proximité de Rgayaa avec ces deux carrefours, gardés par les militaires espagnols et la présence au sein du patelin, de la base militaire ibérique d’appoint, donnaient à ce village, un intérêt particulier.

Ce fut la position géographique de Rgayaa qui détermina l’option prise par l’armée d'occupation d’y établir en 1916, quelques années après la ratification du traité du protectorat franco espagnol sur Tanger, un point d’appui tactique.

Bien que situé à une courte distance de la route principale, conduisant de Tanger à Tetouan, Rgayaa était particulièrement difficile d’accès en raison de l’environnement vallonné, accidenté et hostile qui caractérisait sa physionomie et rendait pénible la vie au village.

Rien sur l’axe routier Tanger-Tétouan ne signalait l’existence de ce village.

Encore moins celle de la caserne. Aucun panneau n’indiquait la sortie vers Rgayaa.

La caserne espagnole de ce village fut construite en deux temps.

Si en 1916, un imposant bâtiment fut érigée à partir de matériaux rudimentaires et couvert de très grandes plaques de tôle, il fallut attendre une dizaine d’années pour entregistrer le coup d’envoi des travaux destinés à ériger un bâtiment militaire semblable à ceux dont regorgeait l’Espagne.

Provenant de Tanger et de Tetouan, du personnel de génie civil et militaire de même que divers corps de métiers liés à la construction, avaient pris leurs quartiers à Rgayaa, pour bâtir en dur l'édifice.

L'aridité de la terre de Rgayaa n’offrait aux paysans de cette contrée, que peu de terres cultivables et arables.

La culture des légumes et des fruits et l’élevage d’ovins, de caprins et de volaille domestique constituaient, avec la production de produits laitiers, l’essentiel de l’activité des fermiers de Rgayaa.

Les marchés campagnards avoisinants constituaient le rendez vous hebdomadaire et incontournable des paysans de la province, désirant écouler leurs produits.

A Jebl Hbib, certains villages dont Rgayaa, Lekhreb ou Zinat vivaient un enclavement des plus serrés.

Les très nombreuses crevasses et les lits naturels de petites rivières, constituaient un véritable cauchemar pour les populations de la région, surtout en périodes de fortes précipitations.

Les inondations et les crues causaient, en un temps record, l’isolement de nombreux villages, provoquant souvent des dégâts, tant en vies humaines qu’au niveau matériel.


Et il n’était pas rare, en pareilles périodes, que bétails et cheptels soient engloutis par les eaux. En particulier lorsque les bergers, parfois de petits bonshommes, tentaient de passer de l’autre coté d’un oued déchaîné.

samedi 29 juillet 2017

ZBIBA LA TANGEROISE (Part 4)

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Roman de Khalil ZEGUENDI

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A mes lecteurs: Zbiba est une fiction tirée d'une histoire réelle.

 C'est la pénible et douloureuse histoire d'une jeune paysanne de la région de Rgayaa, village situé à mi chemin entre les villes de Tetouan et de Tanger

Je vous livre les premières parties de cette aventure hors du commun en trente pages, sur le blog Bruxellois surement.

Les 150 pages qui suivent vous seront livrées sous forme de livre de poche, si tel est par la suite, votre souhait

Bonne lecture

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4 ème partie 




Lekbir prospère et se protège à l'ombre de l'armée espagnole

Pour assurer la réussite de son entreprise, Lekbir poussait l’audace jusqu’à prendre des initiatives quelque peu risquées, en commandant, de temps à autre auprès des contrebandiers effectuant les navettes entre Ceuta et la Croix blanche, de l’alcool et d’autres produits prohibés.

Prudent comme un sioux, il commença par des acquisitions limitées de bouteilles de whisky, qu’il écoulait au prix fort, auprès des officiers dirigeant la base de Rgayaa.

L’argent rentrait et Lekbir ne laissait rien au hasard.

Il consentit à vendre à crédit, à certains soldats.

Surtout ceux qui payaient sans rechigner, au moment de la perception de leur solde.

A cet effet, un double livret de dettes était rigoureusement tenu à jour par Lekbir.

Aucun soldat ne discutait ou contestait les montants réclamés par le fournisseur de l’armée espagnole, stationnée à Rgayaa.

Au bout de la première année d’exercice, Lekbir recruta autour de son commerce, une nuée de collaborateurs et de jeunes prestataires, ex bergers et autres laboureurs. 

Prompts à rallier la Croix blanche, voire même les villes de Tetouan ou de Tanger pour le ravitailler, ces prestataires se mirent de jour comme de nuit, au service de leur patron.

Lekbir acheta à Hajj Kaddour, pour un prix quasi symbolique, un terrain de quatre hectares, situé non loin de l’emplacement de la caserne, de même que la trentaine d’ânes dont il s’occupait jadis.

Ces acquisitions étant faites, Lekbir put assurer lui-même le transport et le stockage des marchandises destinées aux pensionnaires de la caserne de Rgayaa.

Sur le terrain qu’il acheta à Hajj Kaddour, il construisit une imposante baraque, dont les murs furent bâtis par des blocs, fabriqués à base de terre, de bouse de vache et de paille asséchée.

Il n’eut aucune peine à obtenir des militaires espagnols, la quantité de tôle nécessaire au recouvrement du toit du bâtiment.

Il reçut en sus, trois grandes portes métalliques, provenant de la remise de l’édifice militaire.

En un mois, le hangar destiné à recevoir la marchandise acquise par Lekbir, était fin prêt.

Pour servir dans l’entreprise commerciale de Lekbir, de nombreux jeunes du village cessèrent de fréquenter l’école coranique de Rgayaa ou les activités pastorales ou paysannes.

La fortune de Lekbir augmentait, de même que son influence et son pouvoir parmi les familles fermières qui composaient l’entité.

En 1929, Lekbir a 24 ans. Son entreprise commerciale tournant à plein régime, ne fonctionnait plus à la commande occasionnelle. 

Le stock était constamment reconstitué et quasi toutes les demandes étaient satisfaites en temps réel.

Ses déplacements au carrefour du Cruce blanco devinrent hebdomadaires pour la perception des marchandises commandées une semaine à l’avance, auprès des passeurs et autres contrebandiers, circulant entre Ceuta et Tetouan.

Et à chaque descente, pour prendre possession de sa marchandise, Lekbir affrétait une authentique caravane, formée de mulets lui appartenant.

Il payait toujours comptant ses fournisseurs. Ce qui encourageait les navetteurs à priser la collaboration avec lui.


Lekbir élargit le cercle de ses protecteurs


Le Caïd de la province de Jbel Hbib, dont dépendait le village de Rgayaa, hésitait à importuner Lekbir ou à lui réclamer la redevance due par tous les commerçants ruraux de la province.

La crainte de heurter les susceptibilités des militaires espagnols protecteurs de Lekbir, retenait les élans taxateurs du Caid Thami.

Le dépôt de Lekbir regorgeait de produits de diverse nature.

Un matin nuageux du mois de novembre 1929, il décida de prendre la route, menant vers le village de Jebl Hbib, siège du caïdat de cette province.

Devenus hommes à tout faire, les deux ex-répétiteurs coraniques étaient du déplacement. 

Après une heure et demie de marche, que Lekbir effectua à dos de cheval, et alors que le village se réveillait à peine, l’un des collaborateurs de Lekbir frappa à la porte de la grande maison campagnarde du Caid Thami.

Il savait que le fonctionnaire provincial du Makhzen, était déjà au courant de sa visite.

Un accueil des plus chaleureux fut réservé à l’ancien ânier, devenu au fil des ans, l’un des hommes les plus les plus craints de cette province englobant onze villages, quelques douars et autres hameaux.

Avant même de prendre place sur l’une des banquettes du salon arabe, Lekbir déposa sur la table ronde de la pièce, une boite à cigares.

S’adressant au Caïd : "Un petit présent pour mon ami Ssi Thami".

"Ce n’était pas nécessaire, mon cher frère Lekbir", rétorqua, hypocritement le caid.

Ajoutant :

"Ta seule venue me remplit de joie"

De manière inattendue et brutale, Lekbir répliqua :

"Oh que si. Et tous les trois mois, je passerai personnellement te remettre une boite semblable…Ouvre-la déjà, Ssi Thami."

Et comme pour atténuer la rudesse de ses propos et détendre quelque peu l’atmosphère, Lekbir ajouta :

"Attention Ssi Thami au serpent qui se trouve dans la boite, il est particulièrement venimeux".

Disant cela, il éclata d’un rire stupide et primitif. Les deux aides l’accompagnant, se sentirent dans l’obligation de ricaner, pour accréditer hypocritement le caractère subtil de la plaisanterie.

Ssi Thami ouvrit la boite et fut à peine surpris de son contenu:

"3000 pesetas, cher ami", dit Lekbir. "De quoi acheter un taureau ou renouveler le jeu de bracelets en or de Chrifa" (L'aînée des femmes du Caïd)

"On m'a parlé de ta générosité", dit Thami, "mais ce que je vois dépasse de loin tous les dires de mes amis. Tu sais que ma maison t’est ouverte et que celui qui osera porter atteinte à ta personne ou à tes biens, je le brise tout net… Mais on parle, on parle, alors que rien n’est sur la table"

Le caid de crier :

"Rkia, amène-toi, espèce d’étourdie"

Une jeune femme, la dernière et la plus jeune des épouses du Caid, apparut sur le seuil de la porte de la pièce. 

Elle portait un lourd plateau traditionnel en faux argent, contenant l’attirail nécessaire pour la confection du thé à la menthe.

Elle retourna à la cuisine chercher un second plateau, chargé de toutes sortes de gâteaux, localement fabriqués.

"Trêves de salamaleks, Ssi Thami. Je sais que tu es un fieffé bandit", dit Lekbir, sur un ton de plaisanterie.

Ajoutant :

- "Entre nous, il faut que le deal soit clair: tu demandes à tes hommes de regarder ailleurs quand ma marchandise passe et je saurai me montrer très large avec toi"
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- "Tu sais que tu me plais, Ssi Lekbir. Ta franchise me séduit", répondit le Caïd Thami

Et tendant la main :

-" Top là, sale brigand, nous sommes faits pour nous entendre"

Ils burent le thé et dégustèrent les gâteaux, en devisant au sujet des opportunités qu’ils avaient, l’un comme l’autre, à glaner dans la région.

Les précieux conseils et autres ficelles, fournis à Lekbir, par le Caïd, se révéleront précieux. Surtout ceux relatifs à la situation de certains paysans locaux, endettés jusqu’au cou et cherchant à céder leurs biens, pour quelques pesetas.

Au moment du départ, sur le seuil de la demeure du Caïd, Lekbir tira de sa sacoche, portée en bandoulière, quelques billets de cents pesetas et les tendit au fonctionnaire du makhzen

"C’est pour les enfants", dit-il !

Depuis cette rencontre au sommet, toutes les plaintes, adressées au caÏd, par les villageois, plaintes relatives aux exactions et autres délits commis par Lekbir ou ses aides, furent classées sans suite.

L’ordre fut donné aux hommes du caïd de ne jamais entraver les affaires de l’ex-ânier, protégé par les officiers espagnols de la caserne de Rgayaa.

Celui-ci obtint ainsi la bénédiction intégrale de l’édile makhzenien de la province de Jebel Hbib, désigné à cette fonction par les autorités indigènes marocaines.

Tous les trois mois, le caïd recevra des mains mêmes de Lekbir, la commission habituelle et récurrente, agrémentée d’un cadeau, sous forme d’une jellaba en soie ou d’un caftan, pour l’une des épouses du caïd qui, aux dires de ses proches, possédait un vrai harem.

La suite : samedi prochain




samedi 22 juillet 2017

ZBIBA LA TANGEROISE : suite (180 pages)

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...Roman de Khalil ZEGUENDI


A mes lecteurs: Zbiba est une fiction tirée d'une histoire réelle.

 C'est la pénible et douloureuse histoire d'une jeune paysanne de la région de Rgayaa, village situé à mi chemin entre les villes de Tetouan et de Tanger

Je vous livre les premières parties de cette aventure hors du commun en trente pages, sur le blog Bruxellois surement.

Les 150 pages qui suivent vous seront livrées sous forme de livre de poche, si tel est par la suite, votre souhait

Bonne lecture
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Troisième partie


Le village de Rgayaa (En retrait à droite, sur la route No 2- tracé en rouge- reliant Tanger à Tetouan)


1927  : Lekbir quitte ses ânes et rencontre Louazna

En avril 1927, trop occupé à approvisionner les pensionnaires de la caserne, Lekbir  abandonna pour de bon ses ânes et surtout ses ânesses à leur propre sort.

Analphabète, il apprit au contact des soldats de Rgayaa, à parler l’idiome ibérique. 

Les commandes allant crescendo, ll fit appel à deux jeunes Tolbas (assistants répétiteurs secondant le titulaire de la mosquée), affectés au mçid (mosquée) du village, pour l’aider à prendre note des demandes formulées par les soldats.

Quelques mois plus tard, il demandera à l’un des deux répétiteurs, de lui enseigner l’écriture et la lecture de l’arabe.

Rémunérés pour leurs prestations, les deux ex-assistants de l’instituteur et imam coranique du village, accompagnaient régulièrement le nouvel employeur, à l’important carrefour de La Croix blanche, pour l’aider à se ravitailler en produits commandés par les occupants de la caserne.

Pour le retour à Rgayaa, Lekbir louait les services d’un muletier, qui mettait à sa disposition le nombre de bêtes demandées, selon la quantité de produits à transporter.

L'affaire prend de l'ampleur.

Lors d’une livraison très matinale qui se déroula comme à l’accoutumée au lieu dit «Cruce Blanco», Lekbir aperçut, descendant du dos d’un âne appartenant à son transporteur  habituel, une très mignonne jeune jebliya (habitante du jbel (montagne)

Il ne la quitta pas des yeux, tant le charme espiègle de la jeune montagnarde le subjugua.

Ses cheveux noirs et abondants dépassaient de la belle Chechya (sorte de sombrero local), pour atterrir sur sa poitrine.

S’adressant au muletier  :

"Dis donc, Hmida, tu me  caches des choses". 

Enchaînant:

"Tu ne vas pas me dire que la belle gazelle est ta femme".

"Tu plaisantes Si Lekbir. Elle n’a que vingt ans. C’est l’une de mes six filles".

"Je veux bien te croire", Répondit Lekbir, soulagé de savoir que la jeune fille n'était que l'une des filles du muletier

Se tournant lentement vers celle qu'il convoitait, le fournisseur de la caserne espagnole dit

"Et quel nom t’a donné ton père  ?"

Les joues rouges comme de la fraise, la jeune fille répondit, après avoir jeté un coup d’œil en direction de son père

"Louazna, Sidi"

Voulant taper le fer tant qu’il était chaud, Lekbir se tourna vers le muletier  :

"Ce n’est pas un peu honteux d'imposer ce travail à cet enfant  ?"

Ajoutant  :   

"Confie la moi et tu verras ce que je lui apprendrais à faire au sein de mon affaire."

Hmida, qui éprouvait toutes les peines du monde à marier les quatre aînées de ses filles, fit mine d’être atteint dans son amour propre de père.

Il dit, regardant vers le ciel: 

"Depuis que l’aînée de mes filles a quitté mon autorité sans laisser de trace, j’ai juré par Allah et son prophète qu’aucune de mes autres filles ne  quittera ma maison sans avoir été mariée."

Lekbir, qui n’avait pas sa langue en poche et qui savait ce qu’il voulait, répondit à Hmida.

"Marché conclu, Ssi Hmida, demain après midi, je viendrai chez toi à Jhaimate et on fera l’affaire suivant la Sunna d’Allah et de son prophète, le salut soit sur lui".

Pendant que les assistants  de Lekbir aidaient Hmida à charger les mulets, leur patron s’approcha de Louazna et lui glissa discrètement dans l’oreille:

"Débrouille toi pour que je te retrouve ici même, cet après midi à cinq heures. J’y compte."

Jouant  la vierge effarouchée, Louazna ne dit rien mais adressa à Lekbir, un regard malicieux qui en dit long sur ses bonnes dispositions à suivre à la lettre les indications de l’ex ânier de Hajj Kaddour.

A l’heure convenue, déguisée en homme, Louazna qui avait endormi la vigilance de son père, rejoignit Lekbir, en empruntant les nombreuses collines séparant le village de Jhaimate du point de passage du Cruce blanco.

A l'insu de son père qui perdra la seconde de ses filles, elle deviendra, après un court passage en compagnie de Lekbir, chez un notaire religieux de Tanger, la femme du fournisseur de la caserne de Rgayaa. 

Ce faisant, la jeune paysanne ne savait point qu'elle sera condamnée à ne jamais revoir sa famille. 

A SUIVRE (samedi prochain)